Pour approfondir la graine Coopération
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Le Karma Yoga, le yoga de l'action
« Tu as droit à l'action, jamais à ses fruits. » Cette phrase de la Bhagavad Gita résume à elle seule tout le principe du Karma Yoga. Karma signifie action. Le Karma Yoga est le yoga de l'action, et c'est aussi, finalement, une manière d'intégrer le yoga dans la vie quotidienne : porter l'esprit et l'attitude du yoga dans notre quotidien.
Dans un ashram de yoga en Inde, mais aussi, depuis le siècle dernier, en Europe, aux États-Unis ou en Australie, là où une pratique régulière du yoga est proposée sous toutes ses formes, l'étude des textes, la méditation, le chant, les asanas, le pranayama, il est habituel de demander aux participants de consacrer un peu de temps, souvent une heure par jour, au Karma Yoga : aider à la cuisine, faire le ménage, participer aux tâches nécessaires à la vie du lieu.
Il y a en effet beaucoup à faire pour maintenir un lieu propre, mais aussi pour en assurer le bon fonctionnement au quotidien, et chacun est invité à s'y engager. Aujourd'hui, dans nos sociétés, presque tout est rémunéré, et l'on a un peu perdu ce réflexe : dans une structure commune, chaque geste compte, et cette ouverture à participer aux choses nécessaires a de la valeur. Dans les villages d'autrefois, on s'entraidait librement, pas seulement pendant les récoltes, mais aussi dans la vie de tous les jours, pour les besoins essentiels. Dans une famille, quand cela fonctionne bien, c'est aussi une forme d'équipe qui partage les tâches à accomplir ensemble.
On retrouve encore un peu cette idée dans le bénévolat : faire quelque chose d'utile, qui répond à un besoin social, faire du bien aux autres sans être rémunéré. Cela fait partie de la culture du Karma Yoga : agir sans attendre de récompense, sans attendre le succès de son action. Il y a bien des objectifs, une action reste dirigée vers un certain résultat, mais on lâche prise sur l'attachement à ce résultat. Le chemin lui-même compte tout autant pour réaliser les bénéfices d'une action. À partir de là, le Karma Yoga devient un véritable entraînement de l'esprit : lâcher prise sur la fixation à l'objectif et au résultat, pour se concentrer sur le moment présent, avec de la gratitude pour chaque instant, pour chaque étape du chemin.
C'est une manière de sortir à la fois de l'attachement et de l'aversion. C'est aussi une manière de transformer la frustration qui peut naître quand on veut un résultat tout de suite : en mettant son intention dans le fait de vivre le moment présent de façon positive, avec amour, avec attention, la récompense est déjà présente dans l'action elle-même.
Le Karma Yoga s'inscrit, au fond, dans une vision de l'unité : nous formons ensemble un même tout, et il est donc naturel d'y contribuer, puisque notre participation à une œuvre commune nous revient toujours, directement ou indirectement, à notre propre bénéfice. Quand on agit, on a naturellement tendance à le faire de façon égoïste, égocentrique. Le Karma Yoga invite à comprendre qu'en agissant pour les autres, on agit aussi pour soi-même, parce que nous appartenons à cette même unité. C'est cette même logique de service désintéressé qui, appliquée à une équipe, révèle ce que chaque tempérament a de particulier à offrir : c'est ce que développe l'article suivant.
Vata, Pitta, Kapha dans une équipe
Seul, on va plus vite ; ensemble, on va plus loin, à condition de savoir composer avec ce que chacun porte de différent. Qu'apporte chaque profil à une équipe, et comment faire pour que cela fonctionne bien ensemble ?
Vata, à partir de ses qualités, apporte le profil de l'innovateur : un esprit ouvert, enthousiaste et créatif, une facilité à faire naître de nouvelles idées, à ouvrir de l'espace, à faire bouger les choses par son enthousiasme et sa curiosité.
Pitta aime l'action : ce sont les personnes capables de concrétiser les idées, parce qu'elles prennent les choses en main, créent le planning, planifient le chemin pour s'assurer que l'on arrive vraiment à l'objectif. On a besoin de cette forte volonté, mais aussi de cette agilité propre à Pitta, pour réussir. L'enthousiasme et la créativité de Vata donnent ainsi naissance à une véritable création collective.
Kapha apporte lui aussi de nombreux talents et qualités nécessaires pour réaliser des projets en communauté : une force d'endurance, pour surmonter les obstacles et tenir le chemin quand les autres sont déjà fatigués, grâce à cette réserve d'énergie propre à Kapha. Tout au long du chemin, Kapha est aussi le plus patient face aux obstacles et aux difficultés : il ne perd pas facilement son humeur, reste gentil et souriant, prend soin des autres quand ils sont démotivés, fatigués ou simplement de mauvaise humeur. Il est là, en permanence, comme un facteur de stabilisation pour toute l'équipe. Kapha demande cependant, plus que les autres, à être stimulé et réveillé : sa lenteur, souvent mal comprise, est aussi ce qui permet à une équipe de digérer réellement ce qu'elle construit, plutôt que de courir d'une idée à la suivante.
Chaque dosha est ainsi nécessaire pour créer une équipe aux qualités différentes, mais complémentaires, qui fonctionnent bien ensemble et s'enrichissent mutuellement. Cette complémentarité ne se limite pas au travail : elle repose sur un principe plus large, celui de l'interdépendance, que l'article suivant vient éclairer.
L'interdépendance
Une équipe qui fonctionne bien n'est jamais la somme de ses membres pris séparément : c'est ce que l'observation de l'interdépendance rend visible. Comment ce concept résonne-t-il avec la coopération, et avec ses grands principes ?
Dans les enseignements du yoga, comme dans le bouddhisme, l'observation de l'interdépendance est un concept fort : elle se retrouve dans toute la vie, et permet de comprendre la nature même de la vie. En observant cette interdépendance, on voit que tout est relié, que rien ne fonctionne isolément, sans les autres parties. Cela nous aide à réaliser que nous faisons partie d'un grand écosystème, et que notre individualité est une forme d'illusion, si l'on croit être des systèmes fermés, indépendants de notre environnement et des autres.
Une fois que l'on réalise que les autres êtres humains font partie de notre propre famille humaine, que la vie sur terre, que l'univers tout entier fait partie de notre vie, on peut commencer à prendre soin, non seulement de soi, mais aussi de ce qui est extérieur à soi, parce que l'on comprend qu'en réalité, rien n'est vraiment séparé. Si je fais du mal aux autres, je me fais du mal à moi-même : c'est la loi du karma. En observant cette loi, on voit que le mal que l'on fait vers l'extérieur revient toujours, comme un boomerang. On peut, dans l'instant, éloigner cette action de son esprit, mais on ne peut pas vraiment en séparer les conséquences, à long terme, de sa propre expérience et de ce qui se passe autour de soi.
Cette notion d'interdépendance renvoie aussi à la manière dont nous sommes constitués, à partir des cinq éléments qui fonctionnent ensemble, de façon interdépendante, pour créer la vie. On la retrouve encore en pensant à une simple tasse de thé : elle a été créée, plantée, cultivée, transportée par des dizaines, des centaines, parfois des milliers de personnes. Nous sommes donc, en réalité, interdépendants des autres, comme les dix doigts des deux mains ne travaillent jamais vraiment isolément, chacun avec sa fonction propre, irremplaçable, et c'est précisément leur coordination qui permet de saisir, de construire, de créer. Cette compréhension nous amène à la responsabilité, à la volonté de prendre soin des autres, et d'en prendre la responsabilité, notamment dans la façon dont nous communiquons entre nous : c'est ce que développe le dernier article.
Ce que chaque dosha apporte à la communication
Une équipe interdépendante ne fonctionne bien que si elle sait aussi se parler. Comment communiquent les personnes de type Vata, Pitta, Kapha, et comment communiquer avec elles ?
Il existe différentes formes d'expression selon les trois doshas. Une personne Vata a tendance à être extravertie, à beaucoup parler, à verbaliser volontiers ses pensées, ses réflexions, en mots et en conversation. Sa communication est souvent créative, irrégulière, spontanée, inspirée. Vata n'a généralement pas de problème à être interrompu, parce qu'il joue avec le langage et la communication avec les autres : une soirée bruyante, une discussion animée, deviennent pour lui comme une danse à plusieurs, où l'on interagit spontanément, de façon expressive, et où naît quelque chose d'imprévu.
Pour Pitta, c'est un peu différent. Pitta aime parler, mais sans excès : il aime poser une analyse juste, mettre le mot exact sur la réalité, précis et intelligent. Il aime structurer sa parole, parler clairement, donner des opinions assez arrêtées. Chaque parole va dans une direction, chaque parole a un but : ce n'est pas pour le plaisir de s'exprimer, mais parce que c'est utile, nécessaire. Cela en fait de bons communicants, parce que pour eux, la parole est un outil essentiel pour que le travail avance, mais aussi pour que la vie entre les êtres fonctionne. C'est aussi une manière, pour eux, de prendre naturellement le rôle de leader, de communiquer avec les autres, de donner une direction claire. Leur parole est donc très structurée.
Kapha, lui, a tendance à être plus introverti. Quand il parle, il cherche à éviter le conflit, et préfère nourrir la communication par sa gentillesse, sa compréhension, sa douceur. Un sourire remplace souvent un mot. Ce qui est particulièrement appréciable chez les personnes Kapha, c'est leur écoute : ce sont de bons écouteurs, et leur soutien, leur solidarité, se manifestent autant dans cette écoute que dans leur comportement au quotidien.
Trois façons de parler, donc, mais un seul terrain d'entente possible : reconnaître que chacune est légitime, et qu'une équipe qui sait les faire cohabiter, la spontanéité de Vata, la clarté de Pitta, l'écoute de Kapha, communique toujours mieux qu'une équipe uniforme.