Pour approfondir la graine Singularité
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Les 3 Gunas : Sattva, Rajas, Tamas
Il y a des jours où tout semble limpide, où une idée en appelle une autre sans effort. Et d'autres jours où rien ne vient, où l'esprit patauge dans la confusion ou s'échauffe dans une agitation stérile. Comment expliquer ces trois Gunas, Sattva, Rajas et Tamas, qui gouvernent ces variations, de façon simple ?
Le yoga s'appuie sur la philosophie Samkhya, l'une des plus anciennes philosophies indiennes, fondée sur les enseignements védiques. On y trouve la description des trois Gunas, l'ensemble des trois énergies qui, ensemble, ont créé l'univers.
Sattva est une énergie lumineuse, complète, positive, qui correspond à une intelligence universelle créant l'harmonie à partir d'une interdépendance harmonieuse. Rajas est l'énergie qui se reflète dans l'univers de l'action et du mouvement : cette interdépendance devient dynamique, en mouvement, et c'est grâce à elle que la vie commence à se dérouler et à se manifester. Mais sans l'énergie Tamas, rien n'arriverait à exister, car Tamas est une énergie dense, lente, immobile, qui se reflète dans la matière elle-même : nos planètes, notre propre corps, tout phénomène matériel.
Les trois Gunas ne décrivent pas seulement la matière : ils décrivent aussi l'esprit. Il existe le dosha Prakriti, la description de notre nature physique à la naissance, fondée sur les trois doshas. Il existe de la même façon un Guna Prakriti : la nature de notre esprit, la manière dont on est né, le caractère et l'état d'esprit que l'on a hérité.
Ainsi, les trois Gunas correspondent aussi à l'esprit. Sattva, c'est l'énergie d'un esprit lumineux et paisible, connecté à l'amour et à une intelligence jamais obscurcie, un discernement clair qui se reflète dans un état paisible, aimant, généreux, splendide, dans toutes les qualités favorables et admirables. Rajas, au niveau de l'esprit, c'est l'énergie de l'action : même dans un esprit équilibré et sattvique, où Sattva domine, l'esprit ne peut pas fonctionner sans un peu de Rajas et de Tamas. C'est plus favorable lorsqu'ils sont présents en petite quantité, et que Sattva domine largement : c'est la caractéristique d'un être humain au caractère et à l'esprit positifs, sympathiques, aimants. Rajas, comme dans la nature, est une énergie d'action, qui permet à l'esprit d'être intelligent, de bouger, de digérer les informations.
Tamas, enfin, apporte aussi une immobilité nécessaire, une sorte de réserve d'énergie, comme dans la mémoire. Cela se reflète dans l'immobilité, le repos, la nuit, la régénération nocturne, l'inconscience. On a besoin de Rajas et de Tamas pour que l'esprit fonctionne : ce sont deux ingrédients nécessaires. Mais le yoga et l'Ayurveda cherchent toujours à augmenter Sattva et à diminuer Rajas et Tamas, parce que c'est cet état qui correspond à une vie heureuse, pleine, riche, réussie. Comprendre cette mécanique est une chose ; savoir la reconnaître en soi, au fil d'une journée, en est une autre, c'est ce que propose l'article suivant.
Reconnaître et faire évoluer son état d'esprit
Suis-je, en ce moment, dans la clarté ou dans l'agitation ? Dans la légèreté ou dans la lourdeur ? Cette question simple, posée régulièrement, ouvre déjà un espace de choix. Comment reconnaître, chez soi, les moments où l'on est plutôt dans Sattva, Rajas ou Tamas, et comment se déplacer d'un état vers l'autre ?
Sattva, c'est l'état dans lequel je me sens enracinée dans mon être, dans mon corps, présente, bien dans ma peau, avec des émotions constructives qui m'élèvent, un esprit stable, paisible, clair et content.
Si je suis trop rajasique, je me sens nerveuse, hyperactive, je doute, je force les choses, je suis impatiente, je m'énerve vite, ou je mélange toutes sortes de pensées sans discerner correctement. Si Rajas n'est pas exagéré, en revanche, il me donne la pêche pour agir, pour digérer les informations, pour penser de façon analytique et pour être en action.
Si Tamas est trop augmenté, je deviens paresseuse, passive, immobile, jusqu'à la dépression, et je tombe trop souvent dans l'inconscience : je me perds dans la distraction, je ne prends conscience ni de la réalité, ni du fait que je suis libre d'agir. Je deviens plutôt une sorte de victime des circonstances. Mais on a besoin d'un peu de Tamas dans l'esprit, tout comme le corps a besoin d'une pause pendant la nuit : des moments tranquilles où l'on lâche prise, où le mouvement de l'esprit se repose, pour pouvoir se ressourcer.
Comment aller d'un état trop rajasique ou trop tamasique vers un état sattvique, avec plus de clarté ? Si je suis dans un état de Tamas exagéré, comme une dépression, je ne peux pas passer directement à l'état de Sattva. Il faut d'abord briser le Tamas grâce à Rajas, un peu comme pour un transit paresseux : on a besoin de quelque chose de fort, comme un stimulant digestif ou des herbes, pour activer l'intestin. C'est la même chose pour l'esprit : s'il est dans une stagnation de Tamas, on a besoin d'y ajouter du Rajas, des éléments stimulants qui brisent le Tamas, avant de pouvoir amener, petit à petit, cet état vers Sattva. Il est donc plus facile d'aller de Rajas vers Sattva que de Tamas directement vers Sattva.
Concrètement, pour passer de Tamas à Rajas : si je suis constamment ennuyée, dans un rôle de victime, sans rien faire, il faut se stimuler, par exemple avec du sport, pour se réveiller, avec une alimentation saine mais un peu stimulante, comme l'ail par exemple.
Pour passer de Rajas à Sattva, en revanche, il s'agit de se calmer, de ralentir, d'ajouter quelque chose d'apaisant et de rééquilibrant : la méditation, un yoga conscient et doux, une lecture qui élève l'esprit, les enseignements ancestraux, quelque chose qui calme tout en élevant.
À la différence des doshas, notre Prakriti, ancrée dans le corps, ne se change pas. Les Gunas, eux, décrivent un état d'esprit que l'on peut faire évoluer : c'est plus facile de changer l'état d'esprit, même si, en cas de pathologie comme une dépression, cela demande aussi des efforts soutenus. L'esprit change constamment selon les influences qui le traversent, et la neuroscience l'a confirmé à travers les recherches sur la neuroplasticité. C'est depuis Sattva, cet état de clarté tranquille, que notre singularité se déploie le plus justement, non dans la fébrilité de Rajas qui pousse à prouver, ni dans l'inertie de Tamas qui empêche d'oser, mais dans cette clarté paisible où l'on sait, sans avoir besoin de convaincre, ce qui est juste pour soi.
Dharma, Artha, Kama : les Trivargas
Trois mots sanskrits reviennent souvent dans les textes anciens pour décrire une vie équilibrée : Dharma, Artha, Kama. Quelle est l'idée générale de ces Trivargas, ces trois piliers qui permettent d'avoir une vie épanouie ?
Dans la psychologie ayurvédique, les médecins observent, dans la vie de chaque personne, si ces trois piliers sont bien présents : le Dharma, l'Artha et le Kama. Ce sont trois qualités qui correspondent aux ingrédients d'une vie heureuse.
Le Dharma, c'est le chemin de chacun, fondé sur la vérité, relié à une harmonie, une interconnexion avec les règles universelles. C'est ce qui permet de clarifier sa place, ce qui détermine notre place, comment on se relie, se connecte à sa nature profonde, comment on s'aligne avec la vie et ce qui nous anime.
Le Kama, c'est ce besoin de se sentir vivant, en lien avec ce qu'on aime faire. C'est ce qui nous anime, ce qu'on fait avec plaisir, ce qui nous donne de la joie, et cela évolue avec le temps : on n'a pas les mêmes envies enfant, adolescent, adulte, ou plus tard dans la vie.
L'Artha, enfin, c'est notre sécurité matérielle : comment rendre les choses possibles de façon viable, comment développer et assurer une prospérité matérielle, une sécurité au sens large. L'argent n'est pas vu négativement, mais plutôt comme la base d'une bonne existence. C'est ce qui permet, une fois la prospérité acquise, de faire preuve de solidarité, de gratitude face à tout ce que la vie nous offre, et de prendre conscience de la grande prospérité dont on bénéficie déjà, à partir du moment où l'on reste ouvert à la vie plutôt qu'attaché au désir d'avoir davantage. Quand on désire des choses, on se place en état de manque, et donc hors de l'abondance.
Travailler sur ces trois dimensions permet de développer une vie heureuse. C'est un chemin qui se travaille, qui se développe dans la durée, et les trois piliers s'équilibrent l'un l'autre : un Dharma sans Artha reste un idéal sans les moyens de se réaliser ; un Artha sans Kama devient une réussite sans joie ; un Kama sans Dharma s'épuise vite en plaisirs sans direction. Pour une personne en reconversion, ou qui souhaite faire évoluer sa carrière, il peut être particulièrement utile de réfléchir à ces trois piliers ensemble, plutôt qu'un seul à la fois.
L'Ayurveda et l'éducation des enfants
Un enfant qui n'aime pas le sport n'est pas un enfant en échec : c'est peut-être simplement un enfant Kapha, dont les qualités s'expriment ailleurs. Quels sont les principes de l'Ayurveda sur la façon d'aider les enfants à grandir et à réussir leur vie ?
La psychologie ayurvédique part de l'observation de chaque individu. On peut déjà, à partir des trois doshas et de la dominance d'un ou deux d'entre eux, comprendre qu'un enfant fonctionne différemment d'un autre : son fonctionnement émotionnel, physique, ses intérêts, mais aussi ses difficultés, sont reliés à sa constitution.
Notre système scolaire, qui se reflète aussi dans la vie quotidienne, porte souvent une attente d'uniformité : on essaie de traiter tous les enfants de la même manière, de les amener vers les mêmes objectifs, sans faire d'exceptions ni de discernement. Selon l'Ayurveda, c'est défavorable au développement harmonieux de la personnalité de chacun, avec ses forces, ses talents, ses qualités propres.
Un enfant Kapha, qui aime beaucoup moins bouger, jugé en permanence en sport à l'école, développe une frustration, un complexe par rapport à sa capacité sportive. Et l'on ne valorise pas assez souvent les qualités moins visibles qu'apportent les enfants qui ne sont pas de grands sportifs : la patience, la gentillesse, la simplicité. Les enfants Rajas, de leur côté, sont parfois critiqués parce qu'ils sont toujours en train de faire quelque chose, sans que leurs réussites soient vraiment reconnues, comme si cela allait de soi. Et les enfants Vata sont souvent critiqués parce qu'ils rêvent trop, qu'ils ne tiennent pas en place.
L'esprit de l'Ayurveda invite plutôt à regarder chaque enfant, à s'appuyer sur ses forces et ses potentialités, à les reconnaître, à valoriser la singularité de chacun, et à lui donner l'espace pour la faire grandir.
Quel cadre est le plus aidant pour permettre à un enfant de s'épanouir dans ses potentialités ? Il s'agit plutôt de soutenir la Prakriti de l'enfant, de comprendre les talents et la nature propres à chacun, et de le confirmer dans sa personnalité, plutôt que d'essayer de le domestiquer. Ce même regard, appliqué à soi-même, est déjà le début de la singularité assumée.