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Les émotions, ce qu'elles ont à nous dire

Avant d'apprendre à les calmer, il faut d'abord comprendre pourquoi les émotions sont là, et ce qu'elles ont à nous dire.

Les émotions, selon le yoga, font partie du mouvement de notre esprit, comme les pensées. Elles naissent souvent d'émotions de base, comme la peur et la colère, qui créent des messages pour nous permettre d'agir et de comprendre ce dont nous avons besoin, quel impact l'environnement a sur nous, et de quelle manière nous pouvons y répondre.

Si l'on parvient à les écouter, ce sont des états qui créent un état psycho-corporel temporaire, une expérience qui passe si on laisse cette énergie traverser. C'est une façon de comprendre l'impact de la réalité sur nous-mêmes, et de mieux savoir comment interagir avec elle. Mais le problème, selon le yoga, c'est que nous nous stimulons énormément : à partir des cinq sens, mais aussi à partir des informations qui traversent notre esprit, y compris celles du passé devenues mémoires. Cela stimule les émotions, et crée des schémas habituels qui deviennent des réactions automatiques.

Souvent, quand on ne sait pas encore comment gérer les émotions, comment vivre avec elles, les voir et les comprendre, on se sent un peu débordé par elles, parce qu'elles agissent automatiquement et nous placent dans un état qu'on n'a pas toujours librement choisi. C'est précisément cette part automatique, propre à chaque tempérament, que l'article suivant vient éclairer.

Doshas et émotions

Une même situation ne bouleverse pas tout le monde de la même façon. Quelles émotions vivent le plus les différents doshas, et pourquoi ? Comment réagissent-ils face à elles ?

Il existe trois émotions principales, communes à tous les êtres humains, notamment la peur et la colère. Mais selon chaque dosha, une tendance se dessine, avec une émotion qui prend une place plus dominante.

Le dosha Vata a tendance à devenir plus vite anxieux, et à développer, face aux influences intérieures ou extérieures, davantage de peur, à s'y identifier plus facilement. Cela tient à son système nerveux, vigilant et sensible, saturé de stimuli que d'autres personnes ne remarquent même pas mais qui, pour lui, sont déjà intenses. Il est donc naturel qu'il s'alarme plus vite, plus facilement anxieux.

Pour Pitta, ce n'est pas vraiment la peur qui domine : c'est plutôt l'inquiétude qui traverse tout le monde, sans qu'il en prenne beaucoup conscience, parce qu'il réagit très vite par l'impatience et l'énervement, jusqu'à la colère. Pour lui, cette énergie est plus évidente, reliée à sa force psychique et physique : il a l'impression de pouvoir conquérir les problèmes en agissant, en se battant, en se défendant. La colère arrive alors assez vite.

Pour Kapha, l'émotion n'est, dans un premier temps, pas vraiment là : il est tellement gentil qu'il ne souhaite pas agir négativement. Mais s'il finit par se sentir coincé, ou si son dosha s'augmente, l'émotion se manifeste plus gravement. Face à des situations ou des problèmes difficiles, il glisse plutôt vers une forme de passivité qui l'amène à la tristesse. Il a également tendance à s'attacher fortement aux gens et aux objets : en cas de perte, la tristesse est vive. Son immobilité crée aussi une forme d'impuissance, elle-même source de tristesse.

Ces mêmes tendances, une fois traversées et transformées, deviennent des ressources. Quand chaque dosha réussit à transformer ces émotions, quelle énergie positive porte-t-il de façon plus marquée ? Pour Vata, c'est une énergie très sattvique : l'ouverture d'esprit et de cœur, un enthousiasme qui rayonne. Pour Pitta, c'est l'énergie de l'action et le goût d'agir : ce sont des êtres très sociaux, qui aiment prendre en main les projets et agir pour les autres. Pour Kapha, ce sont des personnes très gentilles et patientes, qui aiment partager leur amour et prendre soin des autres. Elles accueillent la vie avec ouverture, ressentent ce qui est inévitable sans se laisser emporter, tout en restant reliées à leur cœur, à leur propre esprit, capables aussi de prendre du recul et d'observer, sans jamais rompre cette connexion profonde. C'est un vrai entraînement, qui se cultive pas à pas, avec la pleine conscience.

Le yoga conseille aussi de ne pas trop stimuler l'esprit, de ne pas créer d'émotions inutiles à partir de stimuli non naturels, comme certains médias, les films d'horreur, ou un rythme de vie trop rajasique. Reconnaître sa propre tendance dominante n'est donc pas une façon de s'excuser, mais une façon de savoir, en amont, où porter son attention.

Le lien entre émotion et trauma

Quand une émotion dépasse ce que le système nerveux peut absorber sur le moment, elle peut laisser une trace plus durable : c'est là que se noue le lien entre émotion et trauma. Comment les personnes traumatisées réagissent-elles alors face aux émotions ?

Les personnes traumatisées présentent plusieurs types de réactions possibles : la fuite, l'attaque, ou la sidération, communes à tous les êtres humains face au danger. Souvent, lorsqu'il y a un trauma aigu, la sidération prend le dessus, et il peut alors y avoir soit un déni, soit une forme de suractivation, éventuellement jusqu'à une véritable dissociation.

Dans cet état, lorsqu'un événement survient et active des émotions, l'information envoyée au cerveau peut provoquer des réactions très variées : de l'apathie, ou au contraire une réaction disproportionnée, des sanglots incontrôlables, une explosion de colère, ou une peur panique.

Van der Kolk et Levine ont expliqué ces mécanismes de façon détaillée et précise. L'essentiel est de permettre aux personnes, dans un premier temps, de reprendre le pouvoir sur leurs propres réactions, pas à pas, doucement, sans jamais forcer. Les expériences de traitement du syndrome de stress post-traumatique qui fonctionnent montrent l'importance de retrouver une conscience du corps, de reprendre conscience des sensations et des émotions, mais toujours de façon mesurée, pas à pas, sans excès, en s'appuyant sur des ressources positives qui permettent au corps de retrouver son homéostasie lorsqu'une émotion trop forte surgit. Petit à petit, à force de retrouver la capacité à reprendre le contrôle du corps, le processus de guérison psychologique et corporel peut avoir lieu. Cette capacité à revenir, seul, vers un état de calme, porte un nom : l'autorégulation. C'est précisément le mécanisme que l'article suivant vient détailler.

Système sympathique, système parasympathique

L'autorégulation ne s'apprend pas seule : elle se construit, souvent au contact d'un adulte capable de transmettre son propre calme. Quand ce n'est pas le cas, ou quand la vie sollicite trop longtemps notre vigilance, le système nerveux peut rester bloqué en état d'alerte. Comment le yoga et l'Ayurveda nous aident-ils alors à basculer entre tension et détente, entre activation du système sympathique et du système parasympathique ?

L'Ayurveda et le yoga sont particulièrement adaptés pour apaiser non seulement le rythme cardiaque, mais aussi le système nerveux dans son ensemble : les deux sont interdépendants. Il s'agit de ramener le corps et l'esprit dans un état parasympathique, l'état où l'on se régénère, où l'on respire suffisamment pour se recharger, rester calme et avoir l'esprit clair.

Presque toutes les techniques de yoga contribuent à cela, mais certaines sont plus puissantes que d'autres. Le yoga ne travaille pas seulement le calme : il entraîne aussi le système sympathique, car les deux branches du système nerveux ne peuvent pas être déconnectées l'une de l'autre. Certaines approches, en pranayama comme en asanas, sont plutôt stimulantes, réveillantes : elles correspondent à l'activation du système sympathique. Les postures et respirations équilibrantes entre les deux systèmes amènent une cohérence cardiaque. Les pratiques calmantes correspondent à l'activation du système parasympathique : par exemple, les respirations où l'on prolonge l'expiration, et les postures assises, allongées, tranquilles et passives, comme dans le Yin Yoga ou toutes les flexions vers l'avant.

Le nerf vague joue ici un rôle central : c'est le nerf le plus long du système parasympathique, celui qui, une fois activé, ramène le cœur au calme, dilate les vaisseaux, relâche les muscles. Et la bonne nouvelle, c'est que nous pouvons l'activer volontairement, par la seule respiration : ralentir l'expiration, l'allonger un peu plus que l'inspiration, quelques minutes par jour, suffit à envoyer un signal clair au corps entier, celui d'un retour possible vers la sécurité et le calme. Comme la respiration, comme le chant, ou le contact de l'eau froide sur le visage, c'est une compétence qui se cultive, respiration après respiration, à la portée de quiconque possède un système nerveux, c'est-à-dire de tout le monde.

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