Transmission · Comprendre

Pour approfondir la graine Transmission

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Les Yama et les Niyama, l'éthique du formateur

Le chemin du yoga, selon Patanjali, ne commence ni par les postures, ni par la respiration, ni par la méditation. Il commence par les Yama et les Niyama, des principes éthiques qui régissent notre relation à nous-mêmes et aux autres. Pourquoi cela se trouve-t-il tout au début du parcours, et pourquoi est-ce si important au commencement d'une formation, ou d'une réflexion sur le fait de transmettre ?

Les Yama et les Niyama sont dix conseils pour un comportement et une attitude éthiques, envers soi-même et envers le monde. On les retrouve aussi, sous d'autres formes, dans les religions, mais selon Patanjali, ils constituent la première étape du chemin du yoga, une sorte de socle, de base pour toute autre pratique. C'est vraiment une condition de départ. Si l'on regarde les lois de la nature, l'éthique y est directement reliée : elle n'est pas un devoir imposé par une autorité extérieure aux êtres humains. Elle vient, normalement, de l'essence humaine elle-même, d'une vie reliée à ses sources, à la nature humaine, à tout notre être, à nos instincts, à un comportement sain. Ahimsa, la non-violence, en est un bon exemple : ce n'est pas un commandement arbitraire, mais une observation, quand on agit avec l'intention de ne pas nuire, les résultats s'avèrent presque toujours plus harmonieux.

Mais parce que nous sommes souvent confus, peu clairs, parfois névrosés, Patanjali propose aussi de s'en souvenir, de s'y accrocher, de s'y réorienter régulièrement : cinq Yama et cinq Niyama. Les Yama concernent notre comportement envers nous-mêmes en général ; les Niyama, notre comportement, notre action envers le monde et les autres, en partant de soi-même. Ces règles ne sont pas seulement une condition pour les autres dimensions de la pratique, les asanas, le pranayama, la méditation, le travail sur les cinq sens : elles sont une vraie ressource pour donner à sa propre vie un alignement, une pratique en soi, à mettre en place et à cultiver régulièrement.

S'ajuster à ces règles, s'y entraîner, permet d'orienter l'esprit vers une manière saine de fonctionner, de développer, petit à petit, davantage de stabilité psychique, physique, émotionnelle, mais aussi spirituelle, pour pouvoir grandir. En respectant régulièrement les cinq Yama et les cinq Niyama, on est en paix avec la vie, avec soi-même, avec les autres, et l'on trouve la force de vivre en harmonie.

Pour un formateur, travailler sur soi-même, aligner sa pratique avec les Yama et les Niyama, donne une stabilité, une intégrité qui donnent du poids, de la valeur à ce qui sera dit ensuite, et qui facilite une relation de confiance avec les stagiaires, les élèves. Cela facilite l'apprentissage de tous. C'est un peu comme apprendre : on préfère apprendre auprès d'une personne calme, paisible, heureuse, plutôt qu'auprès d'une personne agitée ou colérique. Face à une personne alignée, les stagiaires, les élèves, peuvent eux aussi se connecter à cette stabilité, à cette intégrité, et trouver ainsi l'espace nécessaire pour apprendre. Reconnaître, aussi, que notre connaissance n'est pas illimitée, que nous ne sommes pas infaillibles, permet paradoxalement d'être plus en paix, avec soi-même et avec ceux à qui l'on transmet.

Pourquoi transmettre ?

La transmission fait partie de toutes les cultures humaines, elle est presque inscrite dans notre nature. Mais d'où vient l'envie, la nécessité de transmettre ? Quel est le sens, la vision qui se cache derrière ce geste ?

Les enfants apprennent grâce aux adultes et à leur entourage : on imite, on transmet une connaissance, une culture, mais aussi beaucoup de choses invisibles, et l'on apprend par l'imitation. Il y a d'abord la transmission des connaissances elles-mêmes, des informations, du savoir-faire, des compétences. Mais il y a aussi toute une part invisible de la transmission, qui passe par l'imitation des autres, l'incorporation de cette connaissance, et qui nous montre des choses que le cerveau ne comprend pas toujours immédiatement, des subtilités qui viennent de notre esprit, de notre être. C'est ainsi que se transmet une véritable expertise, en faisant, en montrant, en partageant des choses, des cultures, des savoir-faire, essentiels à ce qu'une culture se développe, s'épanouisse et continue de grandir.

Pourquoi transmettre, alors, et pourquoi vouloir être formatrice ? Parce que certaines connaissances sont utiles, utiles aux autres, pour vivre sainement, avec un savoir qui n'est pas toujours largement accessible dans la société. Il y a aussi l'idée de ce qu'on appelle le devoir de gratitude : on a soi-même reçu, et l'on a envie, à son tour, de redonner. On a eu la chance de recevoir, et par gratitude, on a envie de rendre, d'aider les autres à vivre, à grandir, à réussir.

Dans le cadre des programmes sur le yoga, l'Ayurveda et le développement durable, il s'agit de transmettre ce qui peut permettre de faire face aux crises, de monter des projets, de travailler collectivement pour avancer dans la vie, et pour affronter, demain, les défis auxquels le monde est déjà confronté, et le sera dans les cinquante ou cent prochaines années, et au-delà, à titre individuel comme à titre collectif.

Transmettre, c'est aussi aider chacun à vivre son potentiel, à le révéler. On parle parfois de maïeutique : voir le meilleur chez son interlocuteur, chez son élève, et créer les conditions pour que cette potentialité puisse émerger et s'épanouir. Le potentiel que l'on cherche ainsi à faire grandir chez l'autre est déjà là : on ne crée rien à partir de rien, on aide seulement une graine déjà vivante à trouver la lumière dont elle a besoin. C'est peut-être cela, au fond, transmettre : continuer à se demander pourquoi on le fait, plutôt que de croire qu'on le sait une fois pour toutes.

L'ingénierie de la formation : aider les autres à grandir

Transmettre ne se limite pas à faire passer une information d'une tête à une autre : c'est accompagner une transformation, et une transformation, cela s'ingénie autant que cela s'improvise. Quelles sont les grandes clés pour aider les autres à exprimer leur potentiel, à grandir, à réussir leur projet, leur vie ?

Beaucoup de choses passent à la fois par l'expérimentation et par le mimétisme. Le mimétisme, c'est reproduire ce que font les personnes que l'on reconnaît, que l'on respecte, que l'on admire, parce qu'on a envie de les imiter, puisqu'elles nous inspirent. D'où l'importance des Yama et des Niyama, qui permettent aux groupes, aux élèves entre eux, de s'inspirer mutuellement, de révéler et de s'aligner avec des règles éthiques communes, et donc, collectivement, de se donner les uns aux autres l'inspiration de leurs potentialités, tant en termes d'éthique que de comportement.

Cela passe par beaucoup de travail collectif, mais aussi par l'expérimentation : c'est en jouant que les enfants apprennent, et c'est en travaillant sur des projets que les personnes se retrouvent confrontées à des situations où elles sont, en quelque sorte, obligées d'apprendre, parce qu'apprendre pour apprendre n'a pas vraiment de sens en soi.

Si le projet sur lequel on travaille a du sens, pour soi, pour le collectif, pour la planète, s'il permet d'exercer ce qui nous passionne, ce qui nous anime, alors, confronté aux difficultés, on va chercher en soi les ressources créatives, l'agilité, à la fois pour résoudre les problèmes et pour saisir les opportunités qui se présentent. Faire tout cela, à la fois individuellement et collectivement, permet à chacun de nourrir son estime de soi, parce qu'il travaille sur des projets au service de causes nobles et justes, des projets ambitieux. Les personnes révèlent alors ce qu'il y a de meilleur en elles. Elles sont alignées avec des règles éthiques qui montrent leurs valeurs, ce qui les oblige, en un sens, à la discipline. En avançant sur ces projets, en résolvant des problèmes, en construisant des choses concrètes, la confiance en soi se nourrit d'elle-même.

C'est en travaillant sur l'ensemble de ces dimensions, la confiance en soi, l'estime de soi, l'agilité, le goût de l'action, la passion, la motivation, la culture des succès, que l'on aide le mieux ceux que l'on accompagne à apprendre, à avancer, et à réussir leur projet. Concrètement, cela change la posture de l'accompagnant : poser une question plutôt qu'apporter une réponse toute faite, valoriser l'erreur comme une étape légitime plutôt que comme un raté à corriger au plus vite, et faire confiance au temps, à la répétition, à cette pratique assidue que les yogis appellent Abhyasa, sans attente crispée de résultat immédiat.

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