L'ingénierie de la formation : aider les autres à grandir
Transmettre ne se limite pas à faire passer une information d'une tête à une autre : c'est accompagner une transformation, et une transformation, cela s'ingénie autant que cela s'improvise. Quelles sont les grandes clés pour aider les autres à exprimer leur potentiel, à grandir, à réussir leur projet, leur vie ?
Beaucoup de choses passent à la fois par l'expérimentation et par le mimétisme. Le mimétisme, c'est reproduire ce que font les personnes que l'on reconnaît, que l'on respecte, que l'on admire, parce qu'on a envie de les imiter, puisqu'elles nous inspirent. D'où l'importance des Yama et des Niyama, qui permettent aux groupes, aux élèves entre eux, de s'inspirer mutuellement, de révéler et de s'aligner avec des règles éthiques communes, et donc, collectivement, de se donner les uns aux autres l'inspiration de leurs potentialités, tant en termes d'éthique que de comportement.
Cela passe par beaucoup de travail collectif, mais aussi par l'expérimentation : c'est en jouant que les enfants apprennent, et c'est en travaillant sur des projets que les personnes se retrouvent confrontées à des situations où elles sont, en quelque sorte, obligées d'apprendre, parce qu'apprendre pour apprendre n'a pas vraiment de sens en soi.
Si le projet sur lequel on travaille a du sens, pour soi, pour le collectif, pour la planète, s'il permet d'exercer ce qui nous passionne, ce qui nous anime, alors, confronté aux difficultés, on va chercher en soi les ressources créatives, l'agilité, à la fois pour résoudre les problèmes et pour saisir les opportunités qui se présentent. Faire tout cela, à la fois individuellement et collectivement, permet à chacun de nourrir son estime de soi, parce qu'il travaille sur des projets au service de causes nobles et justes, des projets ambitieux. Les personnes révèlent alors ce qu'il y a de meilleur en elles. Elles sont alignées avec des règles éthiques qui montrent leurs valeurs, ce qui les oblige, en un sens, à la discipline. En avançant sur ces projets, en résolvant des problèmes, en construisant des choses concrètes, la confiance en soi se nourrit d'elle-même.
C'est en travaillant sur l'ensemble de ces dimensions, la confiance en soi, l'estime de soi, l'agilité, le goût de l'action, la passion, la motivation, la culture des succès, que l'on aide le mieux ceux que l'on accompagne à apprendre, à avancer, et à réussir leur projet. Concrètement, cela change la posture de l'accompagnant : poser une question plutôt qu'apporter une réponse toute faite, valoriser l'erreur comme une étape légitime plutôt que comme un raté à corriger au plus vite, et faire confiance au temps, à la répétition, à cette pratique assidue que les yogis appellent Abhyasa, sans attente crispée de résultat immédiat.