Singularité · Comprendre

Reconnaître et faire évoluer son état d'esprit

Suis-je, en ce moment, dans la clarté ou dans l'agitation ? Dans la légèreté ou dans la lourdeur ? Cette question simple, posée régulièrement, ouvre déjà un espace de choix. Comment reconnaître, chez soi, les moments où l'on est plutôt dans Sattva, Rajas ou Tamas, et comment se déplacer d'un état vers l'autre ?

Sattva, c'est l'état dans lequel je me sens enracinée dans mon être, dans mon corps, présente, bien dans ma peau, avec des émotions constructives qui m'élèvent, un esprit stable, paisible, clair et content.

Si je suis trop rajasique, je me sens nerveuse, hyperactive, je doute, je force les choses, je suis impatiente, je m'énerve vite, ou je mélange toutes sortes de pensées sans discerner correctement. Si Rajas n'est pas exagéré, en revanche, il me donne la pêche pour agir, pour digérer les informations, pour penser de façon analytique et pour être en action.

Si Tamas est trop augmenté, je deviens paresseuse, passive, immobile, jusqu'à la dépression, et je tombe trop souvent dans l'inconscience : je me perds dans la distraction, je ne prends conscience ni de la réalité, ni du fait que je suis libre d'agir. Je deviens plutôt une sorte de victime des circonstances. Mais on a besoin d'un peu de Tamas dans l'esprit, tout comme le corps a besoin d'une pause pendant la nuit : des moments tranquilles où l'on lâche prise, où le mouvement de l'esprit se repose, pour pouvoir se ressourcer.

Comment aller d'un état trop rajasique ou trop tamasique vers un état sattvique, avec plus de clarté ? Si je suis dans un état de Tamas exagéré, comme une dépression, je ne peux pas passer directement à l'état de Sattva. Il faut d'abord briser le Tamas grâce à Rajas, un peu comme pour un transit paresseux : on a besoin de quelque chose de fort, comme un stimulant digestif ou des herbes, pour activer l'intestin. C'est la même chose pour l'esprit : s'il est dans une stagnation de Tamas, on a besoin d'y ajouter du Rajas, des éléments stimulants qui brisent le Tamas, avant de pouvoir amener, petit à petit, cet état vers Sattva. Il est donc plus facile d'aller de Rajas vers Sattva que de Tamas directement vers Sattva.

Concrètement, pour passer de Tamas à Rajas : si je suis constamment ennuyée, dans un rôle de victime, sans rien faire, il faut se stimuler, par exemple avec du sport, pour se réveiller, avec une alimentation saine mais un peu stimulante, comme l'ail par exemple.

Pour passer de Rajas à Sattva, en revanche, il s'agit de se calmer, de ralentir, d'ajouter quelque chose d'apaisant et de rééquilibrant : la méditation, un yoga conscient et doux, une lecture qui élève l'esprit, les enseignements ancestraux, quelque chose qui calme tout en élevant.

À la différence des doshas, notre Prakriti, ancrée dans le corps, ne se change pas. Les Gunas, eux, décrivent un état d'esprit que l'on peut faire évoluer : c'est plus facile de changer l'état d'esprit, même si, en cas de pathologie comme une dépression, cela demande aussi des efforts soutenus. L'esprit change constamment selon les influences qui le traversent, et la neuroscience l'a confirmé à travers les recherches sur la neuroplasticité. C'est depuis Sattva, cet état de clarté tranquille, que notre singularité se déploie le plus justement, non dans la fébrilité de Rajas qui pousse à prouver, ni dans l'inertie de Tamas qui empêche d'oser, mais dans cette clarté paisible où l'on sait, sans avoir besoin de convaincre, ce qui est juste pour soi.

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