D'où vient la maladie
L'Ayurveda pose une question un peu différente de celle de la médecine occidentale. Là où l'on demande souvent : de quoi souffrez-vous ? l'Ayurveda demande plutôt : qu'avez-vous mal digéré ? Car nous pouvons mal digérer un aliment, mais aussi une émotion ou une expérience.
À l'origine philosophique, on trouve cette idée dans la philosophie Samkhya : l'être humain aurait oublié qui il est vraiment. Mais une fois cet oubli incorporé dans l'humanité, les êtres humains peuvent tomber malades, selon l'Ayurveda, à cause du déséquilibre de leurs trois doshas par rapport à leur Prakriti, leur nature originelle. Cette combinaison des trois doshas, une fois déséquilibrée, porte un nom : le Vikriti.
La digestion, selon l'Ayurveda, est à la base de toute santé. Mais si elle est perturbée, elle est aussi à l'origine de toute maladie. Cela veut dire que si l'on est malade, il faut regarder de quelle manière la digestion est dysfonctionnelle, même si cela semble invisible au premier regard. L'Ayurveda distingue treize sortes de métabolismes. À partir de la digestion principale, Agni, qui digère notre alimentation, il existe d'autres fonctionnements métaboliques, et donc d'autres dysfonctionnements possibles, qui peuvent créer la maladie.
Quand Agni ne parvient pas à tout transformer, un résidu reste : l'Ayurveda l'appelle Ama, littéralement « le non-digéré ». C'est une substance collante et lourde qui s'accumule peu à peu dans les tissus, encrasse les canaux du corps, et trouble l'esprit de la même manière qu'elle encombre le corps. Presque toutes les maladies, selon l'Ayurveda, portent quelque part la trace d'Ama.
Si les trois doshas sont perturbés, par exemple par des facteurs extérieurs comme un climat extrême ou de mauvaises circonstances répétées, cela peut aussi perturber Agni. Agni et les trois doshas sont interdépendants : l'un est toujours, en cas de déséquilibre, la cause de la perturbation de l'autre. Malgré tout, la digestion reste, pour l'Ayurveda, la clé essentielle de la santé.
La maladie, dans cette tradition, n'est presque jamais un événement soudain : c'est un chemin, une lente progression que les textes anciens décrivent en six étapes. Un déséquilibre commence discrètement, s'accumule, se répand, se loge quelque part dans le corps, avant de devenir visible sous forme de symptôme. Ce que la médecine moderne repère souvent tardivement, l'Ayurveda invite à le sentir bien avant, dans des signaux ténus.
Quels petits signaux doivent nous rendre attentifs ? Un trouble régulier qui se répète est un signe de déséquilibre des trois doshas. Cela peut se refléter, par exemple, dans un petit trouble digestif régulier, une langue chargée, un manque d'énergie chronique, un sommeil qui ne répare plus. Parfois, la vie fait que l'on ne comprend pas immédiatement pourquoi cela se rétablit tout seul : peut-être n'était-ce qu'un problème saisonnier, un été extrêmement chaud qui a perturbé Pitta pendant une période de stress, et l'été suivant, moins chaud, avec un stress au travail retombé, le corps retrouve son équilibre de lui-même.
Mais si le petit déséquilibre persiste, le corps ne parvient plus à le gérer seul, de façon autonome, sans qu'on le comprenne. Il faut alors observer et comprendre : c'est le travail du médecin ou du thérapeute ayurvédique, qui cherche à éliminer les causes du déséquilibre, à renforcer la force digestive, et à mettre en place les mesures qui renforcent la stabilité des trois doshas. C'est précisément ce que développe l'article suivant.